C’est tout de même bon signe lorsqu’on a l’impression de sortir d’un film plus intelligent qu’on y est entré. Dans Natchez (le documentaire primé au festival de Tribeca), Natchez (la petite ville en bord de Mississipi qui fut un temps la capitale mondiale du coton) devient ainsi un laboratoire permettant d’observer, en version réduite, les fractures de la société américaine, mais aussi les évolutions récentes du rapport à l’histoire dans le monde entier. Après l’effondrement de la production de coton (sous les effets successifs de la guerre de Sécession, de la Grande Dépression et des invasions de charançons), Natchez s’est en effet réinventée en hub touristique où l’on vient admirer les maisons, les jardins et les costumes de la “belle” époque. Pendant des années, ces visites n’ont joué que sur la fibre nostalgique, avant qu’une poignée d’activistes et d’agences de tourisme nouvelle génération ne vienne rappeler que si l’endroit a été si riche, c’est surtout parce qu’il a fait travailler des milliers d’esclaves dans les champs et les maisons. Avec une grande finesse et des images magnifiques, Natchez comment les consciences changent, ou résistent.